Statement

À propos des œuvres d’Antoine Baer, plus on s’en approche, plus nous sommes salutairement perdus. Le visible se diffracte, le sujet qui contemple le tableau s’en trouve déstabilisé, comme si la seule chose qui subsisterait alors serait le Réel qui saisit le regard : la tache, le trait, les interstices.
Cette rencontre chaotique, qui nous apprend, incite au recul, au retrait par lequel la composition réapparaît comme par enchantement. Comme si le peintre, après la leçon qu’il nous donnait sur le Réel, ménagerait un lieu où celui qui regarde son tableau peut enfin relâcher en eaux plus calmes.

Marianne Amiel-Dal’Bo – Feuillets psychanalytiques n°3

Association Lacanienne Internationale Rhône-Alpes

Je peins des personnages dans différentes situations où la nature tient un rôle prépondérant, sinon le rôle principal. Des scènes qui se seraient déroulées dans le passé, qui pourraient avoir lieu aujourd’hui ou encore dans un futur proche, demain… Une façon d’évoquer la condition humaine dans ce qu’elle a de permanent malgré les changements auxquels elle doit sans cesse s’adapter.

L’emploi d’outils techniques traditionnels comme la peinture – qui est celui que j’ai toujours pratiqué – m’apparaît le plus approprié pour évoquer l’immuable de nos existences : l’enfance, le travail et le repos, la vie sociale, le combat, l’amour, la mort, le partage… Dans mon travail, je cherche à valoriser des textures et des phénomènes naturels, qui adviennent en toute logique et qui sont les mêmes depuis que la pratique de la peinture et du dessin existe. C’est une façon de faire du lien avec tout ce qui m’a précédé, de mettre en avant ce qui demeure encore aujourd’hui et qui perdurera malgré toutes les nouvelles technologies qui nous entourent.

Figures, sujets d’ateliers, agencement d’objets, intérieurs avec fenêtres, paysages -récurrents dans mon travail plastique- sont choisis dans mon environnement direct. Les scènes avec des personnages découlent de mes recherches, la plupart viennent de l’actualité ou sont empruntées à l’histoire de la peinture, le classicisme français notamment et Nicolas Poussin. Ils sont souvent représentés en réflexion, en introspection, parfois en discussion. Ils interrogent par leur comportement, leur posture, qui donnent à voir des éléments de réponse résilients pour faire face aux changements qui viennent.

Dominus, huile sur papier , 145 x 123 cm. 2018